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Dois-je réaliser une IRM (ou autre examen complémentaire) lors d’un mal de dos ?

Qu’est-ce qui crée ma douleur ? Est-ce que j’ai une hernie discale ? Est-ce que j’ai de l’arthrose ? En effet, si les douleurs du dos étaient causées par une dégénérescence du cartilage articulaire (arthrose) ou bien une hernie discale, ces pathologies devraient TOUJOURS provoquer des douleurs et le niveau de douleur devrait être corrélé avec la quantité d’atteinte présente à l’imagerie médicale. Mais ce n’est pas le cas…

 

D’après une étude de Brinjikji en 2015, 80% des personnes qui n’ont PAS mal au dos ont des signes de dégénérescence discale à l’âge de 50 ans. D’après Eisentein en 2011, 20 à 30 % des personnes de 30 à 50 ans ont une hernie discale totalement indolore et après 50 ans, une personne sur deux à une hernie discale sans douleur. On présente donc tous des « anormalités » à l’imagerie médicale alors qu’on ne perçoit aucune douleur. Il n’existe donc pas (ou très peu) de parallélisme entre douleur et résultat d’examen.

 

 

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Brinjikji et al., 2015

 

D’autres études démontrent que la gravité des atteintes observées sur l’IRM n’est pas associée à l’intensité des symptômes (Berg et al., 2013) ou encore que l’évolution sur l’image (IRM ou radiographie) n’est pas toujours en relation avec l’évolution des symptômes (Suri et al., 2014) ; il peut donc y avoir beaucoup d’ « atteintes » à l’imagerie et peu de symptômes et vice-versa.

De plus, ce que l’on voit à l’IRM ne semble pas prévoir l’apparition ou non d’une douleur (Jarvik et al., 2005) ; la découverte fortuite d’une hernie discale à l’imagerie médicale peut ne pas entrainer de douleur à l’avenir.

 

Mais à quoi donc sert véritablement une imagerie médicale (IRM, radiographie,…) ?

Dans le cadre d’un mal de dos, l’IRM ne sert qu’à comparer une colonne vertébrale parfaite (pensée utopique au passage) à votre colonne vertébrale. C’est un examen médical qui se réalise à la suite d’une anamnèse (interrogatoire) et d’un examen clinique lorsqu’un thérapeute cherche la cause de la douleur.

Ce qu’il est important de comprendre ici, c’est qu’il doit exister une corrélation (un lien, une correspondance) entre les symptômes décrits par le patient, les résultats obtenus de l’examen clinique et l’atteinte visible à l’imagerie. Sur base d’une bonne corrélation anamno-clinico-radiologique, l’IRM permet donc de poser un diagnostic orthopédique médical (lombalgie provoquée par une hernie discale L5/S1 par exemple). En effet, si le patient décrit des symptômes en lien avec une hernie discale, que les résultats de l’examen clinique penchent en faveur d’une hernie discale ET qu’à l’imagerie médicale une hernie discale est visible, on peut affirmer que cette dernière est responsable des douleurs du bas du dos. A l’inverse, s’il y a une mauvaise corrélation anamno-clinico-radiologique », l’hernie discale n’est pas la cause de la douleur.

L’IRM permet-elle pour autant de faire comprendre au patient de quoi il souffre et ainsi de le rassurer ? On a vu d’après les différentes études que dans la majorité des cas, non. Chacun de nous présente des « atteintes » visibles à l’imagerie médicale, même sans qu’on n’en souffre. L’image ne fait pas donc le symptôme ! La corrélation clinico-radiologique est mauvaise pour les douleurs du dos. Beaucoup de gens ont des douleurs au dos sans aucune lésion à l’imagerie et vice-versa. Réaliser une IRM est donc dans la plupart du temps inutile !

L’IRM est une perte de temps (et perte d’argent pour la sécurité sociale), et se montre anxiogène pour la plupart des patients. Pourquoi ? Cet examen complémentaire est censé rassurer le sujet dans la mesure où ce dernier va comprendre de quoi il souffre. Prenons un exemple : Mr « X » réalise une IRM pour une autre plainte qu’un mal de dos. Son médecin lui annoncera de l’arthrose au niveau lombaire alors qu’il ne souffre pas du dos ; le patient pensera que son dos est fragile, ne l’utilisera pas à bon escient, déconditionnera sa musculature du dos et sera plus à même de se blesser à la moindre contrainte.

En outre, la découverte fortuite de pathologies décrites (arthrose, protrusion discale, dégénérescence discale) sur les rapports d’IRM ainsi que la mauvaise corrélation clinico-radiologique sur les maux de dos ont un effet nocebo (aggravation des symptômes) sur les patients.

Il existe aujourd’hui des recommandations (« guidelines ») pour réaliser une IRM en cas de mal de dos. Elles sont les suivantes :

  • Traumatisme/Chute (fracture, entorse).
  • Récidive ou suspicion de cancer (altération de l’état général, perte de poids, fièvre, frissons, fatigue).
  • Infection (fièvre, frissons, fatigue).
  • Immunodéficience congénitale ou acquise (SIDA par exemple).
  • Radiculopathie de plus de 6 semaines (compression d’une racine nerveuse provoquant troubles moteurs et sensitifs).
  • Syndrome de la queue de cheval (compression de plusieurs racines nerveuses provoquant incontinence urinaire, troubles sphinctériens, troubles moteurs et sensitifs des membres inférieurs).
  • Chirurgie du dos dans le passé.

Si vous présentez certains des éléments ci-dessus en lien avec votre mal de dos, des investigations supplémentaires (IRM) sont nécessaires afin de chercher une pathologie sous-jacente à ces maux. Car comme dit plus haut, la plupart du temps, réaliser un examen complémentaire est inutile !

 

Mais alors, quelle est la cause de ma douleur au dos ?

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les maux de dos affectent au moins 80% d’entre nous un certain moment dans nos vies. Il est donc normal d’avoir un épisode de mal de dos, de la même manière qu’il est normal d’avoir un mal de gorge, un refroidissement en hiver ou un mal de tête.

90 % de maux de dos guérissent spontanément et ne sont pas liés à des lésions visibles à l’imagerie médicale (Hartvigsen et al., 2018). La plupart des douleurs communes rachidiennes sont dues à des pathologies mécaniques fonctionnelles (des pathologies dépourvues de lésion organique à l’imagerie médicale). En clair, rassurons-nous sur les maux de dos, la plupart sont bénins. Un faux-mouvement, un traumatisme, un effort, une surcharge fonctionnelle, une mauvaise habitude posturale peuvent en être la cause et provoquer une douleur vertébrale passagère et tenace. L’ostéopathe, à travers sa palpation et ses tests, recherche des douleurs, une perte de souplesse, une perte d’élasticité des différents tissus articulaires, ligamentaires et musculaires à l’origine du mal de dos (après avoir évidemment exclue toutes pathologies systémiques sous-jacente au mal de dos). En effet, si la structure d’un tissu est modifié, sa fonction l’est également et le cerveau interprète ça généralement comme une douleur.

Les douleurs du dos ne sont pas que mécaniques, elles sont influencées par les expériences antérieures douloureuses, les émotions, les peurs, les attitudes face à cette douleur (mythes, croyances, sédentarité), des habitudes de vie (tabac, obésité) ou bien encore des facteurs génétiques.

Le meilleur moyen de se soigner est de rester actif, tout en écoutant son corps et sa tolérance à la douleur.

 

Conclusion :

L’imagerie ne permet pas de définir de manière claire la cause des douleurs et un grand nombre de personnes ne présentant pas de douleur au dos ont par contre des « anormalités » sur les images radiologiques ou sur les IRM. Il existe donc peu (voire pas) de concordance entre les images obtenues et les symptômes des patients.

Un examen complémentaire (IRM, radiographie, scanner,…) porte bien son nom, c’est complémentaire…complémentaire d’une bonne anamnèse et d’un bon examen clinique. Seule la corrélation entre les 3 permet d’établir un bon diagnostic et de proposer un traitement adapté.

 

Sources :

  • Brinjikji, W., Luetmer, P. H., Comstock, B., Bresnahan, B. W., Chen, L. E., Deyo, R. A., Wald, J. T. (2015). Systematic literature review of imaging features of spinal degeneration in asymptomatic populations. American Journal of Neuroradiology, 36(4), 811-816.
  • Eisenstein, SM. et al., Current treatment options for intervertebral disc pathologies. Cartilage. 2020 Apr;11(2):143-151.
  • Berg, L., Hellum, C., Gjertsen, Ø., Neckelmann, G., Johnsen, LG, Storheim, K., Brox, JI, Eide, GE, Espeland, A. et Norwegian Spine Study Group. (2013). Est-ce que plus de résultats d’IRM impliquent une incapacité plus grave ou une douleur lombaire plus intense? Une étude transversale des candidats à la prothèse de disque lombaire. Radiologie squelettique, 42 (11), 1593-1602.
  • Suri, P., Boyko, EJ, Goldberg, J., Forsberg, CW et Jarvik, JG (2014). Associations longitudinales entre les résultats de l’IRM du rachis lombaire incident et la lombalgie chronique ou les symptômes radiculaires: analyse rétrospective des données de l’évaluation longitudinale de l’imagerie et de l’invalidité du dos (LAIDBACK). Troubles musculosquelettiques BMC, 15 , 152.
  • Jarvik JG, Hollingworth Ouest, Heagerty PJ, Haynor DR, Boyko EJ, Deyo RA. (2005). Incidence sur trois ans des lombalgies dans une cohorte initialement asymptomatique: facteurs de risque cliniques et d’imagerie. Colonne vertébrale, 30 (13): 1541-1548.
  • Hartvigsen, J., Hancock, M., Kongsted, A., Louw, Q., Ferreira, M.L., Genevay, S., Hoy, D., Karppinen, J., Pransky, G., Sieper, J., Smeets, R.J., Underwood, M., & Lancet Low Back Pain Series Working Group. (2018). What low back pain is and why we need to pay attention. The Lancet.